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Grèce : immigrés, réfugiés, vers un accueil européen

Migrants, réfugiés, déplacés, clandestins… des mots qui envahissent notre vocabulaire, depuis deux ans afin de décrire le drame humanitaire qui se déploie devant nos yeux.

En réalité, il s’agit de la faillite d’un modèle de développement, d’un modèle de relations internationales. Les gens qui arrivent en Europe sont majoritairement les victimes des conflits et des guerres au Moyen-Orient et en Afrique, des dictatures, ainsi que et de l’aggravation des inégalités économiques et sociales.

Les pays occidentaux sont très souvent à l’origine de ces tensions parce qu’ils ont voulu piller les pays d’Afrique, contrôler les sources du pétrole au Moyen-Orient, imposer leur modèle de démocratie. Et, face à cette situation, l’ONU affaiblie se révèle incapable de prendre des mesures en faveur de la paix. Et, face à cet afflux, l’UE se montre tout aussi incapable de mener une politique commune d’accueil et de répartition et chacun de ses membres est tenté par le repli identitaire.

Depuis 2015, la Grèce est au coeur du problème puisque un million de réfugiés et de migrants ont traversé son territoire. Dès le début, le gouvernement de Syriza a lancé un appel pour que tous soient accueillis avec dignité.

Un mouvement sans précédent a surgi : un peuple, lui-même plongé dans la crise, s’est mobilisé quand d’autres ont fermé leurs frontières. Six millions de Grecs, sur une population de dix millions, se sont montrés solidaires. En mars 2016, les pays de Višegrad ont fermé unilatéralement les frontières et 60 000 personnes se sont retrouvées coincées dans notre pays. C’est à ce moment-là qu’est signé l’accord entre l’UE et la Turquie, et que, par conséquent, les flux se sont taris.

La situation a changé et les efforts ont porté sur l’enregistrement, la normalisation de la vie quotidienne, les conditions d’asile. Des pays européens refusent toujours de respecter l’accord Junker et de relocaliser des migrants. Aujourd’hui, ils sont 61 824 en Grèce dont environ 10 000 dans les îles. Cela veut dire que, selon l’accord UE-Turquie, ces personnes sont obligées d’attendre toute la procédure d’asile (six à douze mois) sans pouvoir se déplacer.

Depuis le mois de juin, les arrivées ont repris, elles concernent surtout des gens qui fuient la guerre en Syrie et en Irak. Les camps existants sont surpeuplés et la création de nouveaux rencontre des difficultés de la part des autorités locales. Nos îles n’ont pas vocation à devenir des Ellis Island. Cette attente interminable, souvent sans grand espoir, conjuguée à des conditions d’existence qui se détériorent, crée des tensions. On essaie d’envoyer sur le continent les plus vulnérables et les mineurs isolés, mais cela ne suffit pas. La situation pourrait être améliorée par l’établissement d’un visa humanitaire, ainsi que par la mise en place d’un système d’asile européen et l’abrogation des règlements de Dublin, afin que les demandeurs d’asile puissent solliciter la protection du pays de leur choix et pas du pays de leur arrivée.

En Grèce continentale, on compte 24 000 de demandes de relocalisation dont 16 648 ont été satisfaite ; 7 000 autres ont été approuvées mais les rythmes des autres pays sont lents. On dénombre 2 300 mineurs isolés dont 1 223 placés dans des centres spéciaux et les autres dans des zones de sécurité (safe zones) où ils ont des tuteurs. Vingt mille personnes habitent des hôtels ou des appartements. L’année dernière, les enfants sont allés dans des classes préparatoires et, à la rentrée 2017, 6 000 d’entre eux ont été intégrés dans les écoles primaires et les collèges. Au début, l’Aube dorée (parti d’extrême droite) a essayé d’empêcher l’accueil des élèves mais elle a vite abandonné parce que la majorité des parents grecs ainsi que les enseignants ont réagi fermement. En janvier 2018 commencera le programme d’éducation de la tranche des 15-18 ans.

Tous les migrants et les réfugiés ont l’accès gratuit aux services de santé et aux soins hospitaliers. Les femmes, plus vulnérables, bénéficient de structures spéciales. Notre pays continue ses efforts afin d’améliorer leur vie quotidienne en respectant les règles internationales.

Mais nous, en tant que militants de la gauche, nous devons nous attaquer aux causes et créer un mouvement au niveau européen :

  •  pour un plan de paix pour le Moyen-Orient,
  • pour la résolution politique des conflits en Syrie, en Irak, au Yémen, en Palestine et en Libye.

D’autre part, nous devons exiger que les Africains puissent vivre dignement chez eux. Que l’ONU et l’UE prennent part au développement de ces pays sans piller leurs richesses.

En même temps, nous devons lutter à tous les niveaux pour un système d’asile européen, parce que tant que l’approbation des demandes est soumis au bon vouloir de chaque État, les flux des migrants continueront à s’accumuler dans les pays d’entrée.

L’abrogation des règlements du Dublin est indispensable et les pays qui accueillent des réfugiés doivent profiter d’aides d’urgence.

Enfin, il est important d’exiger le respect de l’accord de relocalisation, parce que le partage des charges est une question de solidarité et de démocratie au sein de l’UE.

Angéliki Visviki,
membre du secrétariat du secteur international de Syriza
article paru dans la LRI - Spécial Migrants, octobre 2017

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