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Paris : la politique d’immigration de Macron vue du XVIIIe arrondissement de Paris

Depuis cet été, c’est à un véritable tournant politique que nous sommes confrontés en matière de politique migratoire. Dans le XVIIIe arrondissement de Paris, territoire traditionnel d’accueil et de migration, nous sommes aux premières loges.

Depuis 2014, les quartiers nord de Paris ont connu une succession de campements, où les demandeurs d’asile, faute de structures d’accueil suffisantes, étaient obligés d’attendre, le plus souvent de longs mois, une hypothétique prise en charge par l’État. Dans l’impasse, la politique gouvernementale du droit d’asile, s’est transformée en gestion au fil de l’eau de campements de plus en plus nombreux – plus d’une trentaine de mises à l’abri se ainsi sont succédé –, et ont obligé la mairie de Paris à prendre ses responsabilités en ouvrant un site dédié à l’accueil des réfugiés Porte de La Chapelle pour les primo-arrivants. Renâclant au début, l’Etat a même fini par devenir un partenaire. Et le centre géré par Emmaüs a permis pendant six mois d’accueillir des milliers de migrants et de leur éviter la case campement.

Hélas, depuis le printemps, avec les fermetures successives de la « jungle » de Calais et l’incendie du campement de Grande-Synthe, le centre de La Chapelle est devenu l’unique porte d’entrée pour les réfugiés voulant accéder au statut de demandeur d’asile. La conséquence a été d’allonger le temps d’attente pour pouvoir entrer dans le dispositif et le retour de campements sauvages aux alentours du centre. Au début de l’été, ceux-ci ont été gérés du mieux possible, malgré la difficulté de la tâche, avec la mise en place de distributions alimentaires en partenariat avec des associations et des collectifs et le retour des évacuations des campements sauvages par la préfecture.

Or, depuis le 17 août, date de la dernière mise à l’abri par l’État, le ton a changé. Malgré les discours lénifiants du président de la République sur les bienfaits du multiculturalisme à la tribune de l’ONU, nous avons assisté à un durcissement de la politique migratoire. Comme à Calais, les campements sont désormais dispersés systématiquement toutes les nuits dans Paris, et les distributions solidaires organisées par la ville ne sont plus autorisées. C’est près de deux ans d’efforts qui sont réduits presque à néant par un gouvernement décidé à afficher un masque de dureté face à un dossier si emblématique. Sauf que les solutions gouvernementales sont tout sauf des solutions. Désormais un millier de migrants errent dans les XVIIIe et XIXe arrondissements dans des campements d’un soir. On assiste à un phénomène inquiétant : des associations religieuses ont pignon sur rue pour organiser des distributions alimentaires dans le quartier de Pajol où la police vient de démanteler un réseau de passeurs…

Tout aussi grave, les intentions de l’État sont de plus en plus claires : il s’agit désormais de faire le tri entre réfugiés politiques et réfugiés économiques, de rassembler les « Dublinés » afin d’organiser leur retour dans les pays où ils ont fait leur première demande. Une question se pose donc aujourd’hui : dans son entreprise de durcissement de la politique migratoire française, l’État veut-il mettre fin à l’expérience d’accueil des primo-arrivants du Centre de La Chapelle ?

Gérald Briant,
adjoint au maire (PCF) du XVIIIe arrondissement de Paris
chargé des affaires sociales, de la lutte contre les exclusions et de l’hébergement d’urgence
article paru dans la LRI - Spécial Migrants, octobre 2017

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