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Migrants / Macron : une politique en perte d’humanité

Ces mois d’été auront été riches d’enseignements sur la manière dont le président de la République et le gouvernement conçoivent la politique de la France pour l’accueil, ou plutôt le non-accueil, des migrants.

Présentation par le Premier ministre d’un plan gouvernemental début juillet, discours d’Orléans du président fin de ce même mois, enfin sommet de Paris, fin août, à son invitation, en présence de plusieurs chefs d’États européens et africains.

S’il fallait résumer cette politique, ce serait continuité, aggravation et externalisation.

Quelle est la situation ? Il n’y a pas de « menace migratoire » en France et en Europe. Les difficultés actuelles sont le résultat d’une crise : celle de la politique d’accueil à l’égard de celles et ceux qui fuient guerres, violences, pauvreté et voient les portes de l’Europe se fermer devant eux.

En plus des risques encourus, au péril de leur vie, les migrants se heurtent à des barrières politiques, policières, administratives, de plus en plus nombreuses dressées par des États européens.

Dans bien des cas, ces mesures ne respectent ni les accords internationaux, ni la Convention de Genève dans son intégralité, ni les traités européens.

L’humanité, la solidarité, l’hospitalité y sont absentes et la répression s’abat sur les citoyens et les militants qui ne font que se substituer à des États défaillants.

La réalité est là : les huit premiers mois de 2017, le nombre de migrants parvenus sur le sol européen via la Méditerranée centrale a diminué de moitié, passant de 264 000 en 2016 à 117 000 cette année. Le nombre de morts reste intolérablement élevé : 2 408 hommes, femmes et enfants.

Que font les autorités françaises ?

Le président Macron appelle à multiplier les expulsions des migrants dits « économiques » mais aussi des « dublinés », ceux qui ont posé le pied dans un autre pays que la France, les « déboutés » du droit d’asile, les « OQTF » (Obligation de quitter le territoire français), ceux qui ont déjà reçu l’ordre de partir. Les mineurs isolés échappent en grand nombre aux services d’aide à l’enfance, faute de moyens humains et matériels.

À Paris, à Calais, dans la vallée de la Roya, les militants de la solidarité sont poursuivis, harcelés, convoqués devant le tribunal et, pour certains, condamnés pour leur activité militante solidaire.

De leur côté, l’Union européenne et les États membres peinent à mettre en oeuvre leurs propres objectifs de relocalisation. En 2015, ils s’étaient engagés à accueillir 160 000 migrants en 2017. A ce jour, seuls 28 000 ont trouvé refuge et ce faible résultat ne tient pas seulement au refus de la Hongrie et de la Pologne.

La France est encore loin de son objectif d’accueillir 30 000 réfugiés : 4 278 seulement l’ont été. Elle s’est fait d’ailleurs rappeler à l’ordre par le HCR et la Commission européenne (Le Monde, 13 septembre).

Mais les annonces faites cet été démontrent la volonté d’aller encore plus loin dans cette voie de rejet de l’autre, de l’exclusion.

On connaît déjà la multiplication des dispositifs de surveillance et de fermeture des frontières européennes. On passe aujourd’hui après une série de sommets Europe-Afrique à une politique intensive d’externalisation du traitement des migrants.

L’objectif est de les bloquer le plus loin possible des côtes européennes et de les retenir dans leur pays d’origine ou de transit. L’accord UE-Turquie en a été le premier pas.

Au final, le but est de décourager tout migrant de venir en Europe.

Qu’en est-il précisément des annonces faites par les autorités françaises ?

D’abord, il n’y a aucune rupture dans la politique de Macron avec celle de ses prédécesseurs, Sarkozy ou Hollande. Il la perfectionne, c’est tout, et l’habille de propos humanistes. La formule a fait choc : « D’ici la fin de l’année, je ne veux plus voir de femmes et d’hommes dormir dans les rues et dans les bois » (Macron, 27 juillet, Orléans).

Mais le plan du gouvernement, présenté le 17 juillet par Edouard Philippe, annonce la création de quelque 7 500 places en CADA (centres d’accueil pour demandeurs d’asile) pour 2019, pas avant.

À ce jour, avec 80 000 places pour 110 000 demandeurs d’asile, il manque 30 000 pour éviter toute mise à la rue.

Comme le rapporte le Défenseur des droits, Jacques Toubon : « Ce plan ne résout rien. Il aurait fallu que le gouvernement propose la mise en place de cinq à six centres de premier accueil – comme à Paris et à Ivry – pour éviter aux migrants de dormir dehors. Quant aux fameux appels d’air, poursuit-il, cela n’a aucun sens. La migration c’est une fuite, pas la conquête d’un Eldorado. »

L’annonce par le Premier ministre d’un projet de loi à l’automne sur la politique migratoire, sous de tels auspices, fait craindre le pire. Associations, citoyens, militants et élus communistes devraient à nouveau se faire entendre.

Ces inquiétudes sont renforcées par les annonces du président Macron, bien différentes de son discours d’Orléans le 27 juillet et des propos qu’il a tenus lors du sommet à Paris du 28 août.

La mesure la plus emblématique de cette politique de dissuasion migratoire est l’installation des services de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) au Tchad et au Niger pour traiter en première instance les demandeurs d’asile.

Ce rôle de filtrage avait été un premier temps dévolu à la Libye par le président de la République mais il a ensuite fait marche arrière devant le tollé général. En Libye, les migrants sont livrés aux milices armées et aux pires exactions : exécutions, tortures, viols, travail forcé. C’est pourtant toujours en Libye que les migrants, arrêtés en mer, sont renvoyés vers leurs bourreaux, à la demande des autorités italiennes.

Pour que les chefs d’État du Niger et du Tchad acceptent ce rôle de garde-frontière, les États européens se sont engagés à aider au développement de ces pays. Mais ces promesses sont des plus vagues. Qu’une ancienne puissance coloniale comme la France puisse imposer à ces pays, parmi les plus pauvres du monde ce rôle de super-flic international est intolérable. Car ce que fuient ces populations africainesest pour une part importante le résultat du pillage actuel de leurs richesses minières et pétrolières par des entreprises multinationales françaises.

Le scénario que Macron veut installer « est de faire trier les gens entre migrants économiques et réfugiés avant leur arrivée en Europe », déclare François Gemme, chercheur à Sciences-Po. « Cela conduira inévitablement à une réduction du droit de venir en France. Ce serait contraire à la Convention de Genève », précise-t-il.

En fait, Macron veut créer une opposition entre migrants économiques et réfugiés politiques. Il veut faire en sorte que les premiers soient considérés comme indésirables, illégitimes, empêchant ainsi la protection des seconds.

« Nous devons être effectivement intraitables sur la question de l’asile, poursuit François Gemme, mais cela ne peut se faire au détriment des migrants économiques. Ils ont le droit aussi de venir en France. Cette migration est aussi légitime que la migration politique » (L’Express, 28 juillet).

C’est cette demande de solidarité globale qui anime les communistes, qui se refusent à ce tri inhumain. Dans ces régions du globe, les raisons de migrer sont liées, elles sont politiques, humanitaires, environnementales et économiques.

D’autant que l’UE et la France ont des responsabilités dans l’état de ces pays où la pauvreté domine malgré les richesses des sous-sols et où les aides au développement sont en chute libre ! Edouard Philippe dit vouloir « accueillir les investisseurs, les créateurs d’entreprise, les chercheurs et les artistes de renom… ». Quel cynisme !

Pour le PCF, il y a urgence à prendre dès aujourd’hui les dispositions pour sauver des vies et empêcher que ces mesures de rejet puissent être mises en oeuvre.

Il s’agit d’ouvrir des voies légales et sécurisées pour combattre les passeurs, d’augmenter les capacités de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale, de cesser de renvoyer les migrants en Libye, d’ouvrir de nouveaux centres d’accueil.

Il s’agit enfin de reconsidérer les politiques européenne et française en matière d’accueil et d’hébergement et en finir avec des politiques qui privent ces hommes et ces femmes du moindre espoir.

Patrick Margaté,
chargé des questions migratoires à la commission des relations internationales du PCF
article paru dans la LRI - Spécial Migrants, octobre 2017

 

 

MACRON : un coeur froid

Lors de sa rencontre le 9 octobre avec Filippo Grandi, président du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), Emmanuel Macron a annoncé vouloir ouvrir 10 000 places d’ici 2019 pour les réfugiés « ré-installés » du Niger, Tchad, Turquie, Liban, Jordanie. Ce chiffre, pour les deux ans à venir, est loin de compenser le retard accumulé par la France ces dernières années en ce qui concerne l’accueil des réfugiés. En effet, seulement 2 800 ont été réinstallés sur les 10 375 annoncés. Par contre le président de la République se veut plus volontaire pour expulser de manière « beaucoup plus vigoureuse » les migrants dits économiques qui ne rentrent pas dans le cadre du statut de réfugiés. De fait, les portes de l’Europe et de la France se ferment un peu plus à celles et ceux qui fuient la misère dans leur pays.

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